1Introduction : le jour où les canons se sont tus
Le 11 novembre 1918, à 11 heures précises, les cloches sonnent dans toute la France. Les canons se taisent après quatre années de guerre. L'Armistice est signé. La "der des ders" est terminée.
Cette date est devenue l'un des jours fériés les plus solennels du calendrier français, dédié à la mémoire des 1,4 million de soldats français morts pendant le conflit. Mais que s'est-il vraiment passé ce jour-là, et comment cette commémoration a-t-elle évolué ?
2La fin de la Grande Guerre
L'Armistice du 11 novembre 1918 met fin aux combats sur le front occidental. Mais la route vers la paix a été longue et sanglante.
L'effondrement allemand
À l'automne 1918, l'Allemagne est à bout de forces. L'échec de l'offensive du printemps, l'arrivée massive des troupes américaines et le blocus naval ont épuisé le pays.
En septembre et octobre, les alliés de l'Allemagne capitulent les uns après les autres : la Bulgarie (29 septembre), l'Empire ottoman (30 octobre), l'Autriche-Hongrie (3 novembre).
En Allemagne même, la révolution gronde. Le 9 novembre 1918, l'empereur Guillaume II abdique et fuit aux Pays-Bas. La République est proclamée à Berlin.
Le wagon de Rethondes
Les négociations d'armistice se tiennent dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, dans un wagon-restaurant aménagé en bureau.
Le choix du lieu n'est pas anodin : Rethondes est à l'écart des regards, et le wagon permet de garder le secret des négociations. Le maréchal Foch, commandant en chef des armées alliées, reçoit la délégation allemande dirigée par Matthias Erzberger.
Les conditions de l'Armistice
L'Armistice n'est pas un traité de paix, mais une suspension des hostilités. Ses conditions sont dures pour l'Allemagne :
Évacuation des territoires occupés (Belgique, France, Luxembourg) sous 15 jours Évacuation de la rive gauche du Rhin Livraison de matériel militaire (5 000 canons, 25 000 mitrailleuses, 5 000 locomotives, 150 000 wagons) Livraison de la flotte de guerre Maintien du blocus naval
Ces conditions annoncent déjà la sévérité du futur traité de Versailles.
La signature
L'Armistice est signé le 11 novembre 1918 à 5h15 du matin. Il entre en vigueur à 11 heures, "à la onzième heure du onzième jour du onzième mois".
Cette heure symbolique permet d'informer les troupes et d'éviter des combats inutiles. Pourtant, des milliers de soldats meurent encore ce matin-là, jusqu'aux dernières minutes avant 11 heures.
3Le bilan effroyable
La Première Guerre mondiale laisse l'Europe exsangue. Les chiffres donnent le vertige.
Les pertes humaines
La France déplore environ 1,4 million de morts militaires et 300 000 morts civils. À cela s'ajoutent 4 millions de blessés, dont 1 million d'invalides permanents (les "gueules cassées").
Une génération entière est décimée. Dans certains villages français, la quasi-totalité des hommes jeunes a été tuée. 630 000 veuves et 760 000 orphelins restent.
Les destructions
Le nord-est de la France est dévasté. Des villes entières sont rayées de la carte. La "zone rouge", jugée irécupérable, couvre 120 000 hectares.
L'économie française est ruinée : usines détruites, mines inondées, terres agricoles rendues stériles par les obus et les gaz.
Le traumatisme collectif
Au-delà des chiffres, la Grande Guerre laisse un traumatisme profond. L'horreur des tranchées, les conditions de vie inhumaines, les mutilations : toute une génération est marquée à vie.
Ce traumatisme explique le pacifisme de l'entre-deux-guerres et l'espoir, vite déçu, que cette guerre serait "la der des ders".
4La construction mémorielle
Dès 1918, la France entreprend de commémorer ses morts et de construire une mémoire collective de la guerre.
Le Soldat inconnu (1920)
Le 11 novembre 1920, le corps d'un soldat non identifié est inhumé sous l'Arc de Triomphe. Choisi parmi huit corps exhumés de différents secteurs du front, il représente tous les soldats morts pour la France.
La flamme du souvenir, allumée en 1923, est ravivée chaque soir à 18h30 par des associations d'anciens combattants et de mémoire.
Les monuments aux morts
Entre 1920 et 1925, plus de 30 000 monuments aux morts sont érigés dans les communes françaises. Presque chaque ville et village possède le sien, portant les noms des enfants du pays "morts pour la France".
Ces monuments, au centre des villages, deviennent les lieux de rassemblement des commémorations du 11 novembre.
Le 11 novembre devient férié (1922)
La loi du 24 octobre 1922 fait du 11 novembre un jour férié national, officiellement dédié à "la commémoration de la victoire et de la paix".
C'est le premier jour férié créé en France depuis le 14 Juillet en 1880.
5Les cérémonies du 11 novembre
Le 11 novembre donne lieu à des cérémonies codifiées dans toute la France.
La cérémonie nationale
À Paris, le président de la République préside la cérémonie à l'Arc de Triomphe. Après avoir ravivé la flamme du Soldat inconnu, il dépose une gerbe et observe une minute de silence à 11 heures.
Des personnalités, des corps constitués et des délégations étrangères assistent à la cérémonie, retransmise à la télévision.
Les cérémonies locales
Dans chaque commune, le maire préside une cérémonie au monument aux morts. Les noms des soldats de la commune morts pendant la guerre sont lus, suivis d'une minute de silence.
Les anciens combattants, de moins en moins nombreux, défilent avec leurs décorations. Les enfants des écoles participent souvent aux cérémonies.
Le bleuet de France
Le bleuet est le symbole français du souvenir, équivalent du coquelicot britannique. Cette fleur, qui poussait sur les champs de bataille dévastés, représente la renaissance de la vie.
L'Œuvre nationale du Bleuet de France, créée en 1925, vend des bleuets pour financer l'aide aux anciens combattants et à leurs familles.
6L'évolution de la commémoration
Le sens du 11 novembre a évolué au fil des décennies.
De la victoire au deuil
Dans les premières années, le 11 novembre célèbre la victoire. Les défilés triomphants dominent. Mais progressivement, le deuil prend le dessus sur la célébration.
La Seconde Guerre mondiale et ses propres traumatismes relativisent la "victoire" de 1918. Le 11 novembre devient davantage un jour de recueillement qu'une fête.
La disparition des poilus
Le dernier poilu français, Lazare Ponticelli, est mort le 12 mars 2008 à l'âge de 110 ans. Avec lui disparaît le dernier témoin direct de la Grande Guerre.
Des funérailles nationales ont été organisées aux Invalides, en présence du président Nicolas Sarkozy.
L'élargissement à tous les morts pour la France (2012)
La loi du 28 février 2012 élargit la portée du 11 novembre. Cette journée "rend hommage à tous les morts pour la France", et non plus seulement aux soldats de 1914-1918.
Cet élargissement permet d'inclure les morts des conflits plus récents : Seconde Guerre mondiale, Indochine, Algérie, opérations extérieures...
7Le 11 novembre en Europe
La commémoration du 11 novembre existe dans plusieurs pays européens, avec des formes différentes.
Au Royaume-Uni : le Remembrance Day
Le 11 novembre (et le deuxième dimanche de novembre, "Remembrance Sunday") sont des journées de commémoration majeures au Royaume-Uni. Le coquelicot (poppy) est le symbole du souvenir.
À 11 heures, deux minutes de silence sont observées dans tout le pays. La cérémonie principale a lieu au Cénotaphe de Whitehall, à Londres.
En Belgique
La Belgique commémore également l'Armistice le 11 novembre. La cérémonie principale a lieu à la tombe du Soldat inconnu, à Bruxelles.
Le coquelicot est aussi le symbole du souvenir, comme dans les pays du Commonwealth.
En Allemagne
L'Allemagne n'a pas de commémoration équivalente du 11 novembre. La journée nationale du deuil (Volkstrauertag), célébrée deux dimanches avant l'Avent, honore toutes les victimes de guerre et de tyrannie.
8Conclusion : transmettre la mémoire
Plus d'un siècle après la fin de la Grande Guerre, le 11 novembre conserve une importance particulière. Alors que les derniers témoins ont disparu, la mémoire de ce conflit dévastateur repose désormais sur les générations suivantes.
Le défi est de transmettre le sens de cette commémoration aux jeunes générations. Les monuments aux morts, les cimetières militaires, les musées et les cérémonies sont autant de vecteurs de cette mémoire.
Commémorer le 11 novembre, c'est se souvenir de l'horreur de la guerre pour mieux œuvrer à la paix. C'est honorer ceux qui sont tombés en espérant que leur sacrifice n'aura pas été vain.
Jours fériés mentionnés
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