15 min de lecturePublié le 4 juillet 2025

14 juillet : de la prise de la Bastille à la fête nationale

Le 14 juillet célèbre-t-il la prise de la Bastille ou la Fête de la Fédération ? Découvrez l'histoire complète de notre fête nationale et ses traditions.

1Introduction : quelle fête célébrons-nous ?

Chaque année, le 14 juillet, les Français célèbrent leur fête nationale par des défilés militaires, des feux d'artifice et des bals populaires. Mais que commémorons-nous exactement ? La prise de la Bastille de 1789 ou la Fête de la Fédération de 1790 ?

La réponse est plus complexe qu'il n'y paraît, et l'histoire du 14 juillet révèle les tensions politiques qui ont traversé la France depuis la Révolution.

2Le 14 juillet 1789 : la prise de la Bastille

La prise de la Bastille est l'un des événements les plus célèbres de l'histoire de France. Mais que s'est-il vraiment passé ce jour-là ?

Le contexte : une France en crise

En juillet 1789, la France traverse une crise profonde. Les États généraux, réunis depuis mai, se sont transformés en Assemblée nationale constituante. Le roi Louis XVI hésite entre conciliation et répression.

Le 11 juillet, le renvoi du ministre réformateur Necker provoque l'indignation à Paris. La rumeur court que le roi prépare un coup de force militaire. Des troupes royales campent autour de la capitale.

L'insurrection parisienne

Le 12 juillet, l'agitation gagne Paris. Des affrontements éclatent aux Tuileries. Le 13, la foule pille l'Hôtel des Invalides pour s'emparer d'armes.

Le 14 au matin, une délégation se rend à la Bastille, forteresse médiévale transformée en prison d'État, pour réclamer les armes et la poudre qui y sont stockées. Le gouverneur, le marquis de Launay, refuse de céder.

Après plusieurs heures de négociations et de combats confus, la foule envahit la forteresse. Launay est massacré, sa tête promenée au bout d'une pique.

Un bilan contrasté

La Bastille ne contenait ce jour-là que sept prisonniers : quatre faussaires, deux fous et un noble emprisonné à la demande de sa famille. La forteresse n'était plus le symbole de l'arbitraire royal depuis longtemps.

Pourtant, la prise de la Bastille a un retentissement immense. Elle symbolise la fin de l'Ancien Régime et le début de la Révolution. Louis XVI, apprenant la nouvelle, aurait demandé : "C'est une révolte ?" — "Non, Sire, c'est une révolution", lui aurait répondu le duc de La Rochefoucauld-Liancourt.

Environ 100 personnes périrent dans l'assaut, principalement du côté des insurgés.

3Le 14 juillet 1790 : la Fête de la Fédération

Un an après la prise de la Bastille, une fête grandiose célèbre l'unité nationale.

Une fête de réconciliation

Contrairement à la violence du 14 juillet 1789, la Fête de la Fédération de 1790 se veut une célébration joyeuse de l'unité nationale. Elle réunit le roi, l'Assemblée et le peuple dans une même communion patriotique.

Des délégués de toutes les provinces de France convergent vers Paris. Ils sont accueillis en héros et logés par les Parisiens.

Les préparatifs titanesques

Le Champ-de-Mars est transformé en gigantesque amphithéâtre pouvant accueillir 400 000 personnes. Devant l'ampleur de la tâche, les Parisiens se mobilisent : nobles, bourgeois, artisans, femmes travaillent côte à côte pour achever les terrassements.

Cette participation populaire devient elle-même un symbole de l'unité nationale. "Ça ira !" devient le slogan du chantier.

La cérémonie

Le 14 juillet 1790, malgré une pluie battante, la fête réunit une foule immense. L'évêque d'Autun, Talleyrand, célèbre une messe sur l'autel de la Patrie.

Louis XVI prête serment à la Nation et à la Constitution. La Fayette, commandant de la Garde nationale, prononce le serment fédératif au nom de tous les gardes nationaux de France.

La foule acclame le roi et la Révolution. Pour quelques heures, la France semble réconciliée.

Une illusion éphémère

L'harmonie de la Fête de la Fédération ne dure pas. Dès 1791, la fuite du roi à Varennes brise la confiance. La guerre, la Terreur, puis la chute de la monarchie font oublier les espoirs de 1790.

La Fête de la Fédération reste pourtant dans les mémoires comme un moment d'unité nationale, ce qui explique qu'elle soit aussi célébrée le 14 juillet.

4Le 14 juillet devient fête nationale (1880)

Il faut attendre près d'un siècle pour que le 14 juillet devienne officiellement la fête nationale française.

La IIIe République cherche ses symboles

Proclamée en 1870 après la défaite contre la Prusse, la IIIe République met du temps à s'installer. Les monarchistes restent puissants, et le régime a besoin de symboles fédérateurs.

Les républicains cherchent une date qui puisse rassembler. Le 14 juillet s'impose comme un choix logique, mais fait débat.

Le débat parlementaire

En 1880, le député Benjamin Raspail propose de faire du 14 juillet la fête nationale. Le débat à l'Assemblée est vif.

Les conservateurs refusent de célébrer "une date de violence et de sang". Les républicains arguent que le 14 juillet commémore aussi la Fête de la Fédération, symbole de concorde.

Le sénateur Henri Martin tranche : "Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l'histoire de France... C'est en ce jour qu'a été enfin accomplie l'unité nationale."

La loi est adoptée le 6 juillet 1880.

Les premières célébrations

Le 14 juillet 1880, la France célèbre sa nouvelle fête nationale. Des défilés militaires sont organisés pour restaurer la fierté nationale après la défaite de 1870.

Les traditionnels feux d'artifice et bals populaires complètent les festivités. Le 14 juillet devient rapidement la fête la plus populaire de France.

5Les traditions du 14 juillet

Au fil des décennies, le 14 juillet s'est enrichi de traditions qui perdurent aujourd'hui.

Le défilé militaire

Le défilé militaire des Champs-Élysées est institué dès 1880. Interrompu pendant les deux guerres mondiales, il est l'un des plus anciens et des plus importants défilés militaires au monde.

Présidé par le chef de l'État, il rassemble les différentes armées françaises et, depuis 1994, des détachements étrangers sont régulièrement invités.

Les feux d'artifice

Les feux d'artifice du 14 juillet sont tirés dans toutes les communes de France. Le plus célèbre, celui de la Tour Eiffel à Paris, attire des centaines de milliers de spectateurs.

Cette tradition remonte aux premières célébrations de 1880, inspirées des fêtes royales d'Ancien Régime.

Les bals populaires et des pompiers

Les bals populaires, organisés dans les rues et les places, célèbrent la fraternité républicaine. Les bals des pompiers, tenus dans les casernes les 13 et 14 juillet, sont devenus une institution.

Cette tradition des bals des pompiers remonterait à 1937, quand les pompiers de Montmartre auraient ouvert leur caserne au public pour danser.

Le discours présidentiel

Depuis 1978, le président de la République donne une interview télévisée le 14 juillet. Cette tradition, initiée par Valéry Giscard d'Estaing, permet au chef de l'État de s'adresser directement aux Français.

6Le 14 juillet dans la culture

Le 14 juillet a inspiré de nombreuses œuvres artistiques et reste un symbole reconnu dans le monde entier.

Dans les arts

La prise de la Bastille a été représentée par de nombreux peintres, bien que peu d'entre eux aient été témoins de l'événement. La destruction de la forteresse a fait l'objet d'un commerce de souvenirs : des pierres de la Bastille ont été vendues ou offertes.

La Marseillaise, composée en 1792, est souvent associée au 14 juillet, bien qu'elle n'ait aucun lien direct avec cette date.

Un symbole international

Le 14 juillet est connu dans le monde entier comme le "Bastille Day". Il symbolise les idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité nés de la Révolution française.

De nombreux pays ont été inspirés par ces idéaux, et le 14 juillet reste un jour de célébration pour les communautés françaises à l'étranger.

7Conclusion : deux dates, une nation

Le 14 juillet célèbre donc officiellement deux événements : la prise de la Bastille de 1789 et la Fête de la Fédération de 1790. Cette ambiguïté est voulue : elle permet de commémorer à la fois la rupture révolutionnaire et l'unité nationale.

La force du 14 juillet réside dans cette dualité. Il rappelle que la France s'est construite dans les convulsions de la Révolution, mais aussi dans la recherche permanente d'un idéal commun. C'est peut-être pourquoi, malgré les critiques et les évolutions, le 14 juillet reste la fête préférée des Français.

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