1Introduction : des fêtes oubliées
Le calendrier des jours fériés français peut sembler immuable. Pourtant, de nombreuses fêtes ont existé puis disparu au fil des régimes politiques. Des fêtes révolutionnaires aux célébrations impériales, du "Saint-Lundi" ouvrier aux commémorations éphémères, découvrez ces jours fériés que le temps a effacés.
2Les fêtes révolutionnaires (1792-1805)
La Révolution française a tenté de créer un calendrier entièrement nouveau, le calendrier républicain, accompagné de nouvelles fêtes.
Le calendrier républicain
Adopté le 24 octobre 1793, le calendrier républicain abolit les références chrétiennes. L'année commence à l'équinoxe d'automne, les mois portent des noms poétiques (Vendémiaire, Brumaire, Nivôse...), et les semaines de 10 jours (décades) remplacent les semaines de 7 jours.
Les saints du calendrier grégorien sont remplacés par des noms de plantes, d'animaux ou d'outils agricoles. Exit Noël, Pâques ou la Toussaint : place aux fêtes républicaines.
Les grandes fêtes révolutionnaires
Plusieurs fêtes marquent le nouveau calendrier :
Fête de la Fédération (14 juillet 1790) : Cette célébration de l'unité nationale survivra à la Révolution pour devenir notre fête nationale.
Fête de l'Être Suprême (8 juin 1794) : Créée par Robespierre, cette fête déiste tentait de remplacer le culte catholique. Elle disparaît avec la chute de son créateur, quelques semaines plus tard.
Fête de la Raison : Célébrée dans les églises transformées en "temples de la Raison", elle incarne la déchristianisation la plus radicale.
Fêtes des sans-culottes : Les cinq ou six jours complémentaires du calendrier républicain étaient consacrés à des fêtes célébrant la Vertu, le Génie, le Travail, l'Opinion et les Récompenses.
La fin du calendrier républicain
Napoléon Bonaparte met fin au calendrier républicain le 1er janvier 1806, rétablissant le calendrier grégorien. Les fêtes révolutionnaires disparaissent, remplacées par de nouvelles célébrations impériales.
3La Saint-Napoléon (1806-1870)
Napoléon Ier crée sa propre fête, célébrée le 15 août, date de son anniversaire et de l'Assomption.
Une fête sur mesure
Le 15 août cumule habilement plusieurs significations : l'anniversaire de Napoléon (né le 15 août 1769), l'Assomption de la Vierge (fête catholique majeure), et la signature du Concordat (15 août 1801).
Pour légitimer cette coïncidence, l'Église "découvre" opportunément un saint Napoléon, martyr obscur du IVe siècle dont on sait peu de choses. La Saint-Napoléon devient la fête nationale de l'Empire.
Célébrations fastueuses
La Saint-Napoléon donne lieu à des festivités somptueuses : Te Deum dans les églises, défilés militaires, feux d'artifice, distributions de vivres aux pauvres. C'est l'ancêtre direct de notre 14 Juillet.
La fête survit à la chute de Napoléon Ier : elle est maintenue sous Louis XVIII et Charles X (qui célèbrent la Saint-Louis le 25 août), puis rétablie sous Napoléon III avant de disparaître définitivement avec la IIIe République.
4Le Saint-Lundi ouvrier
Le "Saint-Lundi" désigne la coutume ouvrière de chômer le lundi, particulièrement répandue aux XVIIIe et XIXe siècles.
Une tradition ouvrière
Dans de nombreux métiers artisanaux, le lundi était traditionnellement chômé, prolongeant le repos dominical. Les compagnons, payés le samedi, fêtaient souvent leur paye le dimanche et se reposaient le lundi.
Cette pratique, tolérée par les patrons qui manquaient de main-d'oeuvre, concernait particulièrement les métiers du bâtiment, de l'imprimerie, de la métallurgie et du textile.
La disparition progressive
L'industrialisation du XIXe siècle met fin au Saint-Lundi. Les usines imposent des horaires stricts et les absences du lundi sont sanctionnées. La création du repos dominical obligatoire (1906) puis de la semaine de 5 jours achève de faire disparaître cette coutume.
Le Saint-Lundi survit aujourd'hui dans l'expression "faire le pont du lundi" et dans certaines traditions régionales.
5Les fêtes de la IIIe République
La IIIe République (1870-1940) crée et supprime plusieurs jours fériés.
Fêtes créées
Le 14 Juillet (1880) : C'est la seule fête républicaine qui perdure aujourd'hui.
La fête de Jeanne d'Arc (1920) : Instituée le deuxième dimanche de mai, elle célèbre la "sainte de la Patrie". N'étant pas un jour chômé, elle tombe peu à peu dans l'oubli.
Fêtes éphémères
La IIIe République célèbre également des anniversaires ponctuels : centenaire de la Révolution (1889), centenaire de la proclamation de la République (1892). Ces célébrations exceptionnelles ne deviennent pas des jours fériés permanents.
6Les modifications récentes
Même au XXe et XXIe siècles, le calendrier des jours fériés continue d'évoluer.
Le 8 Mai : supprimé puis rétabli
Le 8 Mai 1945 (victoire sur l'Allemagne nazie) devient jour férié en 1953. Mais le général de Gaulle le supprime en 1959, considérant qu'il nuit à la réconciliation franco-allemande. La date est alors commémorée le deuxième dimanche de mai.
François Mitterrand rétablit le 8 Mai comme jour férié et chômé en 1981.
Le Lundi de Pentecôte : la journée de solidarité
Suite à la canicule meurtrière de 2003, le gouvernement Raffarin crée une "journée de solidarité" pour financer l'aide aux personnes âgées. Le Lundi de Pentecôte, initialement choisi comme jour travaillé, conserve finalement son statut de jour férié, mais chaque entreprise peut choisir son propre jour de solidarité.
7Des jours fériés jamais créés
Certaines dates ont failli devenir des jours fériés sans y parvenir.
Propositions rejetées
Le 10 mai : Journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage (2001), elle n'est pas un jour chômé au niveau national (mais l'est dans les DOM).
Le 27 janvier : Journée de la mémoire de l'Holocauste, elle reste une journée de commémoration sans être fériée.
Le 9 décembre : Journée de la laïcité (anniversaire de la loi de 1905), certains proposent d'en faire un jour férié.
Le 18 juin : Appel du général de Gaulle, célébré mais jamais devenu férié.
8Conclusion : un calendrier politique
L'histoire des jours fériés supprimés révèle que notre calendrier est avant tout politique. Chaque régime a voulu y inscrire ses valeurs : la Révolution ses idéaux républicains, l'Empire sa gloire militaire, la IIIe République sa laïcité.
Les fêtes disparues nous rappellent que rien n'est permanent. Le calendrier actuel, fruit de compromis historiques, pourrait encore évoluer. Des voix s'élèvent régulièrement pour proposer de nouvelles fêtes ou d'en supprimer d'autres. L'histoire des jours fériés continue de s'écrire.
Jours fériés mentionnés
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