Pour rémunérer vos congés payés, l'employeur doit comparer deux méthodes (la règle du 10ème et le maintien de salaire) et appliquer la plus favorable. Voici les formules exactes, ce qui entre ou non dans le calcul, des exemples chiffrés et l'impact de la loi DDADUE du 22 avril 2024.
En bref
- ✓Article L3141-24 : deux méthodes obligatoires (10ème et maintien de salaire), l'employeur retient la plus favorable.
- ✓Règle du 10ème : 10 % de la rémunération brute totale du 1er juin N-1 au 31 mai N.
- ✓Maintien de salaire : basé sur le salaire du mois précédant les congés.
- ✓Loi DDADUE 22 avril 2024 : congés acquis pendant arrêt maladie non pro. (24j max), pris en compte à 80 % dans le 10ème.
Vous prenez bientôt vos congés payés et votre fiche de paie vous interroge ? Le calcul de l'indemnité de congés payés est l'un des plus complexes du droit du travail français. L'article L3141-24 du Code du travail impose à l'employeur de calculer la rémunération selon deux méthodes distinctes et de retenir la plus favorable au salarié. Voici les formules exactes, les éléments inclus ou exclus, des exemples chiffrés et l'impact de la récente loi DDADUE du 22 avril 2024 qui a réformé l'acquisition des congés.
Le cadre légal : article L3141-24
L'article L3141-24 du Code du travail dispose : « Le congé annuel prévu à l'article L. 3141-3 ouvre droit à une indemnité égale au dixième de la rémunération brute totale perçue par le salarié au cours de la période de référence. (…) Toutefois, l'indemnité prévue au I du présent article ne peut être inférieure au montant de la rémunération qui aurait été perçue pendant la période de congé si le salarié avait continué à travailler. »
Cet article établit donc deux méthodes obligatoires :
- La règle du 10ème (ou « dixième ») — basée sur la rémunération annuelle
- Le maintien de salaire — basée sur le salaire du mois précédant les congés
L'employeur doit comparer les deux résultats et appliquer celui qui rémunère le mieux le salarié. Cette règle est d'ordre public : l'employeur ne peut pas y déroger.
Méthode 1 : La règle du 10ème
Formule
Indemnité de congés payés = (rémunération brute totale de la période de référence ÷ 10) × (jours de congés pris ÷ total jours acquis)
Période de référence
La période de référence est en principe du 1er juin de l'année N-1 au 31 mai de l'année N. Pour un salarié arrivé en cours d'année, on prend en compte la rémunération perçue depuis son arrivée jusqu'au 31 mai.
Éléments inclus dans la rémunération brute totale
- Salaire de base
- Heures supplémentaires et complémentaires
- Avantages en nature (logement, voiture, repas)
- Primes liées à l'activité : prime d'ancienneté, prime de rendement, commissions, primes obligatoires conventionnelles
- Indemnité de congés payés de l'année précédente (très important : elle entre dans la base)
- Indemnités de contrepartie obligatoire en repos (heures sup, art. L3121-30)
Éléments exclus
- Primes exceptionnelles (non récurrentes)
- 13e mois, prime annuelle ou trimestrielle qui couvre déjà les périodes de congés
- Remboursements de frais professionnels
- Indemnités à caractère social (intéressement, participation)
Exemple chiffré
Salarié à temps plein, rémunération brute totale du 1er juin 2024 au 31 mai 2025 = 36 000 €. Acquis sur la période : 30 jours ouvrables. Le salarié prend 10 jours ouvrables de congés en juillet 2025.
Indemnité 10ème = (36 000 ÷ 10) × (10 ÷ 30) = 3 600 × 0,333 = 1 200 €
Méthode 2 : Le maintien de salaire
Principe
Le salarié perçoit ce qu'il aurait gagné s'il avait continué à travailler. La base de référence est le salaire du mois précédant le congé.
Méthodes pratiques de calcul
La loi n'impose pas de méthode précise pour le maintien de salaire. En pratique, plusieurs approches sont utilisées :
- Méthode des jours ouvrables : salaire mensuel ÷ nombre de jours ouvrables du mois × jours de congés pris
- Méthode des jours ouvrés : salaire mensuel ÷ nombre de jours ouvrés du mois × jours de congés pris
- Méthode des heures réelles : taux horaire × heures non travaillées pour cause de congé
Exemple chiffré
Salarié à temps plein, salaire brut de juin 2025 (mois précédant les congés) = 3 200 €. Mois de juin 2025 = 25 jours ouvrables (lundi-samedi, le 1er juin tombant un dimanche). Salarié prend 10 jours ouvrables.
Indemnité maintien = 3 200 × (10 ÷ 25) = 1 280 €
La comparaison obligatoire
Dans notre exemple :
- Méthode 10ème = 1 200 €
- Méthode maintien = 1 280 €
L'employeur doit retenir 1 280 € (la plus favorable). La règle est d'ordre public : on ne peut y déroger ni par contrat, ni par convention collective.
Quand chaque méthode est-elle plus favorable ?
- Le 10ème est généralement plus favorable lorsque le salarié a perçu beaucoup d'heures supplémentaires, de commissions ou de primes variables dans l'année
- Le maintien de salaire est plus favorable quand le salarié a été augmenté ou promu récemment (le salaire de référence est plus élevé que la moyenne annuelle)
Quand effectuer la comparaison ?
La pratique recommandée :
- Pendant la période : appliquer la méthode du maintien de salaire à chaque prise de congés (plus simple)
- À l'issue de la période (généralement en mai) : effectuer la comparaison globale avec la règle du 10ème. Si l'indemnité totale du 10ème est supérieure à la somme des maintiens, l'employeur verse la différence au salarié
Impact de la loi DDADUE du 22 avril 2024
La loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 a réformé l'acquisition des congés payés en cas d'arrêt maladie :
- Les arrêts maladie non professionnels permettent désormais d'acquérir des congés payés, dans la limite de 24 jours ouvrables par an
- Les arrêts pour accident du travail ou maladie professionnelle permettent d'acquérir 30 jours ouvrables par an (sans plafond)
Conséquence pour le calcul du 10ème : les périodes assimilées à du travail effectif (article L3141-5 du Code du travail) sont prises en compte dans la rémunération brute totale, dans la limite de 80 % de la rémunération qui aurait été perçue pendant ces périodes. Ce plafond de 80 % a été introduit par la loi DDADUE pour les arrêts maladie non professionnels.
Cas particuliers
Salarié à temps partiel
Les deux méthodes s'appliquent de la même manière, mais la rémunération brute totale est mécaniquement plus faible (au prorata du temps de travail).
Salarié en CDD ou intérim
L'indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) est versée à la fin du contrat. Elle est égale au 10ème de la rémunération brute totale perçue pendant le contrat (article L3141-28), sans application de la règle du maintien.
Salarié qui démissionne ou est licencié
Le solde de tout compte intègre une indemnité compensatrice pour les congés acquis et non pris. Le calcul suit la même règle de comparaison entre 10ème et maintien.
Ce qu'il faut retenir
- Article L3141-24 : deux méthodes obligatoires, l'employeur retient la plus favorable au salarié
- Règle du 10ème : 10 % de la rémunération brute totale de la période de référence (1er juin → 31 mai)
- Maintien de salaire : ce que le salarié aurait gagné s'il avait travaillé (basé sur le mois précédant le congé)
- Loi DDADUE 2024 : les arrêts maladie non professionnels génèrent désormais des congés payés (max 24 j ouvrables), avec un plafond de 80 % dans la base de calcul de l'indemnité
Questions fréquentes
Quelles sont les deux méthodes de calcul de l'indemnité de congés payés ?
L'article L3141-24 du Code du travail impose deux méthodes : la règle du 10ème (10 % de la rémunération brute totale de la période de référence) et le maintien de salaire (ce que le salarié aurait gagné s'il avait travaillé pendant ses congés). L'employeur doit comparer les deux résultats et retenir la méthode la plus favorable au salarié. Cette règle est d'ordre public.
Quels éléments sont inclus dans le calcul du 10ème ?
Sont inclus : le salaire de base, les heures supplémentaires et complémentaires, les avantages en nature, la prime d'ancienneté, les commissions, les primes obligatoires conventionnelles, l'indemnité de congés payés de l'année précédente. Sont exclus : les primes exceptionnelles, le 13e mois (s'il couvre déjà les périodes de congés), les remboursements de frais et l'intéressement/participation.
Quand le 10ème est-il plus favorable que le maintien de salaire ?
Le 10ème est généralement plus favorable lorsque le salarié a perçu beaucoup d'heures supplémentaires, de commissions ou de primes variables dans l'année. Le maintien de salaire est plus favorable quand le salaire a augmenté depuis la période de référence (augmentation, promotion). L'employeur doit toujours retenir la méthode la plus avantageuse.
La loi DDADUE de 2024 a-t-elle changé le calcul ?
Oui. Depuis la loi du 22 avril 2024, les arrêts maladie non professionnels génèrent désormais des congés payés (dans la limite de 24 jours ouvrables par an). Pour le calcul de l'indemnité par la règle du 10ème, ces périodes assimilées sont prises en compte à hauteur de 80 % de la rémunération qui aurait été perçue (article L3141-24, I, 7°). Les méthodes elles-mêmes sont inchangées.
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Sources
Rédaction Faire-le-Pont
Publié le 7 mai 2026 · Mis à jour le 29 mai 2026