Avec des étés de plus en plus caniculaires, connaître ses droits au travail en cas de forte chaleur est indispensable. Droit de retrait, obligations de l'employeur, aménagements horaires, Plan National Canicule : guide complet pour les salariés en 2026.
En bref
- ✓Il n'existe pas de température maximale légale au travail en France, mais l'INRS recommande 28°C max pour le travail sédentaire.
- ✓Le droit de retrait peut être exercé si la chaleur constitue un danger grave et imminent (article L4131-1).
- ✓L'employeur doit fournir eau fraîche, ventilation, pauses et aménager les horaires en cas de canicule.
- ✓Dans le BTP, la canicule est reconnue comme intempérie depuis 2024, ouvrant droit au chômage technique.
Les étés 2023, 2024 et 2025 ont battu des records de chaleur en France, avec des températures dépassant régulièrement les 40 °C dans de nombreuses régions. Selon Météo-France, la fréquence des vagues de chaleur a doublé depuis les années 1990. Pour les 28 millions de salariés français, la question de la canicule au travail n'est plus anecdotique : c'est un enjeu majeur de santé et de sécurité. Quels sont vos droits quand le thermomètre s'affole ? Que doit faire votre employeur ? Pouvez-vous refuser de travailler ? Voici le guide complet.
Que dit le Code du travail sur la chaleur ?
L'obligation générale de sécurité
Le Code du travail impose à l'employeur une obligation générale de sécurité envers ses salariés (article L4121-1). Il doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cela inclut explicitement la protection contre les conditions climatiques extrêmes.
L'article R4225-1 précise que les locaux de travail doivent être aménagés de manière à ce que la température reste supportable et ne porte pas atteinte à la santé des salariés.
Pas de température maximale légale, mais des recommandations
Contrairement à ce que beaucoup croient, aucune température maximale n'est fixée par la loi en France au-delà de laquelle le travail devrait s'arrêter. Cependant, l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité) établit des seuils de vigilance reconnus par la jurisprudence :
| Type de travail | Seuil de vigilance INRS | Risque principal |
|---|---|---|
| Travail sédentaire (bureau) | 28 °C | Fatigue, baisse de concentration, malaise |
| Travail physique modéré | 25 °C | Déshydratation, crampes de chaleur |
| Travail physique intense (BTP, manutention) | 22 °C | Coup de chaleur, perte de connaissance |
| Travail en extérieur au soleil | 30 °C à l'ombre | Insolation, hyperthermie sévère |
Au-delà de 33 °C, l'INRS considère que le travail présente un danger pour la santé, quel que soit le type d'activité. Ces seuils sont régulièrement cités par les tribunaux lors de litiges employeur-salarié.
Le droit de retrait en cas de canicule
Qu'est-ce que le droit de retrait ?
L'article L4131-1 du Code du travail donne à tout salarié le droit de se retirer d'une situation de travail s'il a un motif raisonnable de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. C'est le droit de retrait.
Conditions d'exercice en cas de canicule
Le droit de retrait peut être exercé en cas de canicule si :
- La température dans les locaux dépasse significativement les seuils INRS (par exemple, plus de 33 °C en bureau sans climatisation)
- L'employeur n'a pris aucune mesure de protection (pas d'eau, pas de ventilation, pas d'aménagement d'horaires)
- Un ou plusieurs salariés présentent des signes de malaise liés à la chaleur
- L'alerte canicule rouge a été déclenchée par Météo-France pour votre département
Protection du salarié
Un salarié qui exerce son droit de retrait de bonne foi ne peut pas être sanctionné ni subir de retenue de salaire (article L4131-3). Aucune sanction disciplinaire ne peut être prise. Attention toutefois : le droit de retrait doit être exercé de manière individuelle et motivée. Un arrêt collectif non fondé pourrait être requalifié en grève. En cas de doute, informez votre employeur par écrit (email, courrier) et alertez le CSE (comité social et économique).
Jurisprudence notable
La Cour de cassation a jugé légitime le droit de retrait d'un salarié du BTP qui travaillait en plein soleil par plus de 38 °C sans eau ni zone d'ombre (Cass. soc., 2017). Les juridictions tendent à être protectrices du salarié lorsque l'employeur a manqué à ses obligations de prévention.
Les obligations de l'employeur en période de canicule
L'employeur a une obligation de résultat en matière de sécurité. En cas de forte chaleur, il doit mettre en œuvre des mesures concrètes :
Mesures obligatoires
- Eau potable et fraîche : mise à disposition gratuite et à proximité des postes de travail (article R4225-2). Pour le BTP, au moins 3 litres par personne et par jour (article R4534-143)
- Ventilation conforme : les locaux fermés doivent permettre le renouvellement de l'air et éviter les élévations excessives de température (article R4222-1)
- Protection contre le soleil pour les travailleurs en extérieur : stores, auvents, abris climatisés, zones d'ombre
- Document unique d'évaluation des risques (DUERP) mis à jour avec le risque « forte chaleur »
Mesures recommandées
- Aménagement des horaires : commencer plus tôt (6h-7h) et terminer avant les heures les plus chaudes
- Pauses supplémentaires dans des locaux frais ou climatisés
- Réduction de la charge de travail physique aux heures les plus chaudes
- Rotation des postes pour limiter l'exposition
- EPI adaptés (équipements de protection individuelle) : casquettes, vêtements clairs, crème solaire
- Surveillance médicale renforcée pour les salariés les plus exposés
- Plan canicule interne avec procédures d'urgence et numéros d'appel
Sanctions en cas de manquement
Un employeur qui ne respecte pas ses obligations s'expose à des sanctions pénales (amende, voire prison en cas d'accident grave) et à une condamnation aux prud'hommes pour manquement à l'obligation de sécurité. La faute inexcusable peut être retenue si un salarié est victime d'un coup de chaleur alors que l'employeur n'a rien mis en place.
Le Plan National Canicule 2026
Chaque année depuis 2004, le gouvernement active le Plan National Canicule du 1er juin au 15 septembre. Il repose sur 4 niveaux d'alerte définis par Météo-France :
| Niveau | Couleur | Critères | Mesures pour les employeurs |
|---|---|---|---|
| 1 | Vert (veille saisonnière) | Pas de canicule prévue | Préparation du plan canicule interne, vérification des stocks d'eau, maintenance de la climatisation |
| 2 | Jaune (avertissement) | Pic de chaleur prévu (1-2 jours) | Mise à disposition d'eau, rappel des consignes aux salariés, surveillance renforcée des postes exposés |
| 3 | Orange (alerte canicule) | Canicule avérée (3+ jours, températures diurnes > 33-36 °C et nocturnes > 20-23 °C selon région) | Aménagement des horaires obligatoire, pauses renforcées, évaluation quotidienne du risque, report des tâches pénibles, télétravail recommandé |
| 4 | Rouge (mobilisation maximale) | Canicule exceptionnelle et étendue, danger sanitaire | Fermeture possible des chantiers BTP, restriction des activités en extérieur, activation des cellules de crise, possibilité d'arrêt total de certaines activités |
Secteurs les plus exposés
Les secteurs où le risque est le plus élevé en période de canicule :
- BTP et travaux publics : travail en extérieur, effort physique intense, exposition directe au soleil
- Agriculture et viticulture : travail en plein champ, manipulation de charges
- Transport et logistique : camions non climatisés, chargement/déchargement
- Restauration et cuisine : chaleur des fours et plaques ajoutée à la chaleur extérieure
- Commerce et grande distribution : travail en réserve ou en rayon sans climatisation
- Industrie : ateliers mal ventilés, machines dégageant de la chaleur
Aménagements horaires et télétravail en cas de canicule
Le décalage des horaires
L'employeur peut unilatéralement aménager les horaires de travail en cas de canicule, en vertu de son pouvoir de direction et de son obligation de sécurité. Concrètement :
- Horaires décalés : arrivée à 6h ou 7h, départ à 14h ou 15h pour éviter les pics de chaleur (14h-17h)
- Horaires continus : suppression de la pause déjeuner longue pour terminer plus tôt
- Journée raccourcie : réduction du temps de travail les jours de canicule, avec récupération ultérieure possible
Si vous êtes au forfait jours, l'aménagement peut prendre la forme d'une demi-journée libérée, sans impact sur votre compteur de jours.
Le télétravail comme solution
Depuis la pandémie de Covid-19, le télétravail s'est imposé comme un outil courant d'adaptation. En cas de canicule, l'employeur peut :
- Autoriser ou imposer le télétravail pour les postes compatibles (article L1222-11 : « circonstances exceptionnelles »)
- Ouvrir des espaces de coworking climatisés à proximité des domiciles
- Assouplir les conditions de télétravail de l'accord d'entreprise existant
Le télétravail canicule n'est pas un congé : vous travaillez normalement, mais depuis un lieu plus frais. Si votre domicile est invivable, discutez d'alternatives avec votre employeur.
Salariés en CDD et intérimaires
Les salariés en CDD et en intérim bénéficient exactement des mêmes protections que les salariés en CDI face à la canicule. L'employeur (ou l'entreprise utilisatrice pour les intérimaires) a les mêmes obligations de sécurité. Le droit de retrait s'applique de la même manière.
Secteur du BTP : des règles spécifiques
La canicule reconnue comme « intempérie »
Depuis 2024, la canicule est officiellement reconnue comme une intempérie au même titre que le gel, la neige ou les fortes pluies dans le secteur du BTP. Cette avancée permet aux employeurs d'arrêter les chantiers en cas de vigilance orange ou rouge sans pénalité contractuelle.
Indemnisation des travailleurs du BTP
Lorsqu'un chantier est arrêté pour cause de canicule :
- Les salariés perçoivent une indemnité d'intempéries versée par la caisse de congés payés du BTP
- Cette indemnité correspond à environ 75 % du salaire brut
- Elle est versée à partir du 2e jour d'arrêt (1 jour de carence)
- L'arrêt ne s'impute pas sur les congés payés du salarié
Obligations renforcées sur les chantiers
En complément des obligations générales, le secteur du BTP impose :
- 3 litres d'eau minimum par personne et par jour
- Un local de repos climatisé ou un aménagement équivalent (abri, brumisateur)
- La surveillance mutuelle entre salariés (système de binômes)
- L'interdiction de travailler seul en cas d'alerte orange ou rouge
Peut-on être mis en congé forcé pendant une canicule ?
Fermeture de l'établissement
L'employeur peut décider de fermer temporairement l'établissement en cas de canicule extrême (alerte rouge notamment). Dans ce cas, plusieurs scénarios :
- Activité partielle (chômage technique) : l'employeur demande à la DDETS (Direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités) la mise en activité partielle pour « sinistre ou intempéries de caractère exceptionnel ». Les salariés perçoivent 70 % de leur rémunération brute (environ 84 % du net)
- Récupération des heures : les heures perdues peuvent être récupérées ultérieurement dans les 12 mois suivants, dans la limite de 8 heures par semaine
- Congés imposés : l'employeur peut imposer la prise de congés payés si un accord collectif le prévoit, avec un préavis d'au moins 1 mois (sauf circonstances exceptionnelles). En pratique, ce délai est rarement respecté lors d'une canicule soudaine, et l'activité partielle est préférée
Impact sur vos compteurs de congés
Si l'entreprise ferme pour canicule :
- Activité partielle : vos congés payés et RTT ne sont pas touchés
- Congés imposés : les jours sont décomptés de votre solde de congés payés
- Récupération : aucun impact sur les congés, mais vous devrez travailler davantage plus tard
Si vous aviez prévu de poser des congés pour profiter des ponts de 2026 et que votre employeur vous impose des jours pendant la canicule, essayez de négocier un réaménagement. Utilisez notre optimiseur de congés pour recalculer la meilleure stratégie avec votre solde restant.
Travailler un jour férié en pleine canicule
Certains secteurs (hôtellerie, restauration, santé, commerce) peuvent être amenés à travailler les jours fériés y compris en période de canicule. Dans ce cas, les obligations de l'employeur en matière de chaleur s'appliquent identiquement, voire de manière renforcée car les effectifs sont souvent réduits.
Conseils pratiques pour rester productif et en sécurité
Hydratation et alimentation
- Boire au minimum 1,5 à 2 litres d'eau par jour, davantage si travail physique (jusqu'à 1 verre d'eau toutes les 20 minutes)
- Ne pas attendre d'avoir soif pour boire — la soif est déjà un signe de déshydratation
- Éviter l'alcool, le café et les boissons très sucrées qui accélèrent la déshydratation
- Privilégier les repas légers et riches en eau (fruits, légumes, salades)
Tenue vestimentaire
- Porter des vêtements clairs, amples et en fibres naturelles (coton, lin)
- Chapeau ou casquette obligatoire en extérieur
- Discutez avec votre employeur d'un assouplissement du code vestimentaire pendant les épisodes caniculaires
Organisation du travail
- Concentrer les tâches exigeantes le matin (avant 11h)
- Faire des pauses régulières dans un endroit frais (au moins 10 minutes toutes les heures en cas de forte chaleur)
- Limiter les efforts physiques entre 12h et 16h
- Utiliser un ventilateur ou un brumisateur au poste de travail
Reconnaître les signaux d'alerte du coup de chaleur
Le coup de chaleur est une urgence médicale qui peut être mortelle. Signes à surveiller chez vous et vos collègues :
- Température corporelle supérieure à 39 °C
- Peau chaude, rouge et sèche (absence de transpiration)
- Maux de tête violents, vertiges, nausées
- Confusion, propos incohérents, perte de connaissance
- Crampes musculaires sévères
Conduite à tenir : appelez le 15 (SAMU) immédiatement, placez la personne à l'ombre, déshabillez-la, aspergez-la d'eau fraîche et ventilez-la. Ne donnez pas de médicament.
Quand la canicule impacte vos projets de congés
La canicule peut bousculer vos plans de congés payés. Si vous n'avez pas pris vos congés d'été avant la vague de chaleur, réfléchissez à les poser pour :
- Protéger votre santé si votre poste est fortement exposé
- Profiter de tarifs avantageux en posant vos congés hors pic (septembre est souvent plus clément)
- Optimiser vos jours avec notre optimiseur de congés qui calcule les meilleures périodes
Si vous avez épuisé vos congés payés et RTT, un congé sans solde reste envisageable en accord avec votre employeur, notamment si les conditions de travail sont devenues insupportables.
Ce qu'il faut retenir
- Pas de température maximale légale en France, mais des seuils INRS reconnus : 28 °C (bureau), 25 °C (travail physique), danger au-delà de 33 °C
- Le droit de retrait (article L4131-1) est applicable en cas de canicule si l'employeur n'a pas pris les mesures nécessaires
- L'employeur doit fournir eau fraîche, ventilation, aménagement des horaires et adapter les conditions de travail
- Le Plan National Canicule définit 4 niveaux d'alerte (vert, jaune, orange, rouge) avec des mesures croissantes
- Dans le BTP, la canicule est reconnue comme intempérie depuis 2024, ouvrant droit à l'arrêt de chantier indemnisé
- L'employeur peut imposer le télétravail ou des horaires aménagés en cas de circonstances exceptionnelles
- En cas de fermeture pour canicule, l'activité partielle est privilégiée (pas d'impact sur vos congés payés)
- Le coup de chaleur est une urgence médicale : appelez le 15 immédiatement
- Pensez à optimiser vos congés pour éviter les périodes les plus chaudes et profitez des ponts de 2026
Sources : Service-public.fr, Légifrance (articles L4121-1, L4131-1, R4225-1, R4534-143), INRS, Ministère du Travail — Plan National Canicule
Questions fréquentes
Quelle est la température maximale autorisée au travail ?
Il n'existe pas de température maximale légale dans le Code du travail. Cependant, l'INRS recommande de ne pas dépasser 28°C pour un travail sédentaire et 25°C pour un travail physique.
Peut-on exercer son droit de retrait en cas de canicule ?
Oui, si la chaleur constitue un danger grave et imminent pour votre santé (article L4131-1). L'employeur ne peut pas sanctionner un salarié qui exerce son droit de retrait de bonne foi.
L'employeur peut-il imposer des congés pendant une canicule ?
Oui, en cas de fermeture de l'établissement pour raison de sécurité, l'employeur peut imposer la prise de congés payés ou recourir à l'activité partielle.
Quelles sont les obligations de l'employeur en cas de canicule ?
L'employeur doit fournir de l'eau fraîche, assurer une ventilation correcte, aménager les horaires si possible, prévoir des pauses supplémentaires et adapter les EPI. En cas de vigilance rouge, des mesures renforcées sont obligatoires.
Mots-clés
Sources
- https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A15753
- https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006903147/
- https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006903216/
- https://travail-emploi.gouv.fr/sante-au-travail/prevention-des-risques-pour-la-sante-au-travail/autres-dangers-et-risques/chaleur-et-canicule-au-travail
- https://www.inrs.fr/risques/chaleur/ce-qu-il-faut-retenir.html
Rédaction Faire-le-Pont
Publié le 11 mars 2026